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Balade avec Marcellin, forêt de Cluny, 25 mai 26.

Balade avec Marcellin, forêt de Cluny, 25 mai 26.

Observations classées par ordre alphabétique.

Observation 1 :

Anarrhinum bellidifolium, Linaire à feuille de pâquerette,  mufle-de-veau.

Le Muflier à feuilles de pâquerette est une Plantaginacée produisant de longues hampes florales sur lesquelles des grappes de clochettes violettes à bleues s’épanouissent. Tiges striées, dressées, simples ou rameuses, densément feuillées. Ses feuilles sont de 2 types : les caulinaires fines et très rapprochées; les basales en rosette, spatulées et nettement dentées. Les fruits sont des capsules globuleuses, dépassant peu le calice.
Pousse sur un sol aride et siliceux, de sable grossier, bien drainé. Protégée en Aquitaine et Bourgogne. Répartition.

Détail de la fleur par Vanette (notesdeterrain) et photo des fruits.

N.B. : Etymologie : Anarrhinum vient du grec « an » = « dépourvu de » et « rhinos » = « nez », car la fleur est dépourvue de « museau » contrairement aux autres mufliers dont la forme singulière de la fleur est à l’origine du nom Gueule-de-loup.
En anglais : Blue Snapdragon. Scrophulariacée, mais depuis 2009, Plantaginacée.
Les bergers cévenols connaissaient bien cette plante dont le jus frais pouvait soigner les yeux infectés de leurs animaux.

Observation 2 :

Comparaison Ascalaphe soufré mâle à gauche et Ascalaphe soufré femelle à droite.
N.B. : déplacez le curseur.

Les mâles ont des cerques arqués très développés au bout de l’abdomen ce qui permet de les distinguer des femelles.
Cet appendice typiquement masculin est utilisé par les mâles au moment de l’accouplement pour maintenir les femelles.

Cet insecte est surprenant à plusieurs titres :

– Il semble être une chimère, croisement entre un papillon et une libellule, pourtant, les Ascalaphes ne sont ni des libellules (Odonates) ni des papillons (Lépidoptères), alors de quelle famille sont-ils ? Celle des Ascalaphidés !

Comme les papillons de jour, leurs antennes sont longues, à extrémité en massue et on les trouve dans des biotopes chauds et secs.
Comme les libellules, leurs ailes sont renforcées par un certain nombre de veines longitudinales possèdant des interconnexions formant des « cellules » fermées dans la membrane, on les dit membraneuses.
Comme chez divers papillons de jour, leur corps est velu (ce n’est pas le cas des libellules !) 
Comme les libellules « vraies » (anisoptères), elles possèdent deux paires d’ailes transparentes avec de nombreuses nervures qu’elles tiennent étalées à l’horizontale quand elles se reposent pour se chauffer.
Les Ascalaphes battent des ailes comme une libellule, mais volètent en tous sens comme un papillon.

Aimant beaucoup le soleil, ils vivent dans les prés, les clairières et les lieux très éclairés à végétation herbacée. Le matin, on les trouve se reposant sur une tige de graminée, ailes étalées, pour se réchauffer au soleil avant d’aller chasser.
Dès qu’un nuage passe ou que le soir tombe, ils s’immobilisent instantanément sur une tige de graminée, les ailes repliées en toit*, entrant dans une sorte de léthargie qui les rend presque invisibles.
Contrairement aux lépidoptères qui replient les ailes vers le haut lorsqu’ils sont au repos, les névroptères les replient « en toit ».

https://www.zoom-nature.fr/

– Comme les libellules, ils sont l’équivalent d’un faucon chez les insectes, un prédateur volant redoutable, il capture ses proies : mouches, petits papillons et autres petits insectes en plein vol grace à ses pattes ravisseuses et à sa vitesse.
Là, c’est avec les mantes religieuses ou les mantispes que l’on peut les comparer !

La saison des amours a lieu au printemps.
Après une parade aérienne plus ou moins longue, les Ascalaphes s’accouplent par l’arrière:

Après l’accouplement, les femelles fixent leurs œufs sur la partie basse d’une tige de graminée en deux rangées parallèles :

Leur éclosion fait apparaître une larve d’une laideur qui contraste avec la beauté des adultes :

Larve d’Ascalaphe © Marshal Hedin.

Observez ses yeus composés d’omatidies et ses énormes mandibules en forme de faucilles.
Dès l’éclosion, les larves vont se cacher sous les pierres et attendent le passage d’une proie (insectes, arachnides, acariens de la litière). Elle chasse à l’affût camouflée par les débris qu’elle accumule sur son dos.
Comme les araignées, elles saisissent leur proie à l’aide de leurs mandibules, y injectent au travers du canal qui les parcourent des sucs digestifs qui liquéfient les tissus de leur proie. Elle n’a donc pas de bouche !
Ensuite, elles en aspirent le contenu toujours au travers du canal. Leur digestion a donc lieu dans la proie, elle est dite externe !
Elles abandonneront leur proie vidée de son contenu, ne laissant qu’un exosquellette racorni.

C’est entre avril et juin, après deux ans de vie larvaire, que notre larve d’Ascalaphe va se métamorphoser à l’intérieur d’un cocon de soie, pour trouver sa forme adulte.
N.B. : comme les papillons, les abeilles ou les mouches, les ascalaphes sont des insectes holométaboles. C’est à dire qu’ils passent par 3 stades (œufs, larve, nymphe) avant de devenir adultes (imago)

Mais vous n’êtes pas au bout de vos surprises! … Les liquides absorbés ne produisant aucun déchet, elle n’a donc pas besoin d’anus, qui, détourné de sa fonction normale, lui sert à sécréter une substance visqueuse qui, au contact de l’air, s’étire en fils à l’aide desquels elle se fabrique un cocon pour se transformer en nymphe. 

Cette fois, c’est avec un fourmilion que l’on peut les comparer; leurs larves sont très semblables :

Larve de fourmilion par zoom-nature

Comparaison Ascalaphes/ Fourmilions :
Bien qu’ils appartiennent à la famille élargie des Névroptères*, les 2 espèces mènent des vies diamétralement opposées : le premier au soleil, le second à l’ombre dans le sable.
Les larves de fourmilion creusent un entonnoir dans un sol sableux ou poussiéreux et s’enterrent au fond du cône ne laissant dépasser que ses mandibules. Lorsqu’une fourmi glisse sur la pente, il lui projette du sable pour précipiter sa chute avant de finir par la harponner.
Les larves d’Ascalaphes ne font pas d’entonnoir, elles chassent à l’affût, cachées dans les feuilles de la litière, se recouvrant de poussières, débris végétaux ou même des restes de leurs anciennes proies accumulées sur les « poils » de son dos.
*Nevroptères : Cet ordre compte des insectes comme les Chrysopes qui sont les plus connus de cet ordre, mais aussi les Mantispes, les Osmyles, les Hemerides ou encore les Fourmilions.

Allez, une dernière particularité pour en finir avec l’Ascalaphe …
Les yeux des ascalaphes sont formés de 2 parties distinctes séparées par un sillon horizontal.
La partie ventrale perçoit le spectre des couleurs de manière classique, l’originalité réside dans la partie supérieure (dorsale).
Elle est équipée de récepteurs sensibles aux UV. Lorsqu’une proie passe au dessus de lui, l’ascalaphe voit une ombre en fort contraste, il peut ainsi mieux repérer une proie comme sur un écran radar.

Pour aller plus loin :
Le jardin des oiseaux de mon ami Jean-Louis Lovisa.
Lien zoom-nature : Le ballet magique des ascalaphes, un moment de grâce inoubliable!
Lien animateur-nature
Lien Géonature
Lien Jessica joachim
Clé de détermination des Ascalaphes d’Europe occidentale par geonature.
On en rencontre 4 genres en France répartis en 13 espèces.

Observations 3, 4 et 5 :

Carex flaca, leporina et sylvatica.

Carex flaca, la Laîche glauque : voir Quelques Carex rencontrés lors de nos sorties.
Carex leporina, la Laîche patte de lièvre, est une Cyperaceae des pelouses humides assez facile à reconnaître. Sa tige est terminée par un groupe d’épillets tous semblables et agglomérés. Ces derniers sont mâles à la base et femelles au sommet.
Pour le différencier de Carex pairae et autres laîches de ce groupe complexe…
Plante entière.
Carex sylvatica, Carex des bois : Bois assez humides et frais. Il se reconnaît à ses longs épis étroits et pendants, aux utricules verdâtres contractés en bec. Lupa : Il forme une souche gazonnante, épi mâle unique, terminal, fusiforme, brun pâle, 3-5 épis femelles espacés, grêles, longuement pédonculés, pendant à maturité, bractée engainante égalant l’inflorescence, écailles verdâtres, 3 stigmates, utricules verts à bec long.

Observation 6 :

Pilosella officinarum, la Piloselle (anciennement Hieracium pilosella).

La piloselle, ou « Oreille de souris » (piloselle se rapporte aux nombreux poils dont la plante est couverte). Astéracée bien facile à identifier, vue dans la zone sableuse, ouverte, aride et pauvre,
Photo de droite : Observez autour de son pied des rejets allongés qui portent des feuilles oblongues, entières, grisâtres dessous, hérissées de longs poils, qui, appliquées sur le sol, finissent par s’enraciner pour donner de nouvelles rosettes de feuilles.
N.B. : Cette espèce résiste à la concurrence malgré sa petite taille car elle libère dans le sol des toxines contre les autres plantes (on la dit télétoxique), à tel point qu’il arrive qu’elle s’empoisonne parfois elle-même, les individus au centre de ses populations dépérissant. Au bout de quelque temps, la pluie lessive les zones dénudées du centre si bien que les graines présentes peuvent à nouveau germer et donner de nouveaux individus. Cet aspect, combiné à ses nombreux rejets, lui permet de coloniser rapidement une surface en la recouvrant entièrement.
La pharmacologie moderne lui reconnaît de nombreuses propriétés : Usages de la piloselle.

Observation 7 :

Photos illustrées par notesdeterrain.

La Porcelle enracinée joue ici un rôle écologique important dans un écosystème perturbé. Ses fleurs constituent une ressource alimentaire précieuse pour les pollinisateurs, notamment les abeilles sauvages, syrphes et papillons, durant une longue période estivale. En tant que plante pionnière, elle a colonisé rapidement un sol nu et dégradé, contribuant au rétablissement de la couverture végétale evoluant vers un type prairial.
Voir un tableau résumant les caractéristiques de la porcelle enracinée. 
Le nom de genre Hypochaeris est un nom composé latin provenant de deux mots grecs hypo « presque » et khoiros «porcelet », allusion possible au fait que cet animal soit réputé pour apprécier cette plante ou aux poils de la face inférieure de la feuille qui ressemblent aux poils sur le ventre du cochon.
Elle était jadis ramassée dans les campagnes pour être mangée en salade. Toutes les parties sont comestibles mais en général ce sont les jeunes feuilles et les racines qui sont consommées.

Observation 8 :

Potentilla argentea

Les fleurs de la Potentille argentée sont organisées différemment par rapport à ses cousines : Elle porte ses fleurs sur une tige robuste, de plus les fleurs peuvent surplomber de 50 cm le plancher des vaches !
Les autres potentilles portent leurs fleurs au ras du solle long d’une tige rampante ou en hauteur comme le fait la Potentille dressée mais cette dernière présente une tige grêle et peu robuste..
C’est la face inférieure des feuilles qui est argentée car recouverte d’un duvet blanc, la face supérieure est vert tendre.

Potentilla argentea par NDT

Observation 9 :

Silene nutans

Silène penché

Fleur de Silene nutans © IAO

La corolle est formée de 5 pétales égaux nettement recourbés vers le centre (photo de gauche) ou étalés (photo de droite), avec l’extrémité échancrée jusqu’à la moitié et deux écailles lancéolées à la base de l’onglet.

Comment distinguer le Silène penché (Silene nutans) et le Silène d’Italie (Silene italica) ?
Points communs : ils partagent des fleurs blanches aux pétales profondément échancrés et une activité nocturne (ils s’ouvrent et embaument surtout à la nuit tombée pour attirer les papillons de nuit)*, de plus, les 2 plantes sont velues dans leur partie inférieure et deviennent visqueuses-glanduleuses dans le haut (+ fortement chez S. nutans), un piège naturel pour empêcher les insectes rampants non pollinisateurs de voler le nectar.

Chez Silene nutans, comme son nom l’indique, les fleurs sont penchées d’un côté et la tige fléchit sous le poids des boutons avant la floraison.
Chez Silene italica, le port est nettement plus dressé, pyramidal et symétrique. Les rameaux de l’inflorescence sont opposés, ouverts et étalés, formant une panicule (grappe de grappes) bien droite.

Silenes comparaison FA à gauche (inflorescence dressée) et biodiversite.ecrins-parcnational à droite (inflorescence penchée).

Chez Silene nutans : Le carpophore mesure seulement 2 à 4 mm (il est bien plus court que la capsule qui contient les graines).
Chez Silene italica : Le carpophore est très long, mesurant de 7 à 11 mm, soit presque la longueur de la capsule elle-même.

Comparaison FloreAlpes.

*Beaucoup de Silènes ne s’ouvrent pas avant le crépuscule. Elles dégagent alors un fort parfum qui attire sur une relative grande distance les papillons de nuit qui viennent chercher leur nectar. Selon le principe de l’allocation des ressources, il existerait un compromis évolutif entre différents choix strattégiques d’attractivité : les fleurs blanches pollinisées principalement par les papillons nocturnes pour qui la vue est accessoire, n’investissent pas dans la coloration des pétales mais émettent des odeurs florales.

Auteur/autrice

  • Biologiste amateur et photographe amateur, amoureux de la nature, je partage ici mes observations faites au cours de mes promenades.
    Ce blog est dédié à tous les naturalistes qui oeuvrent au quotidien pour l'étude et la préservation de la nature qui nous entoure.
    Comme le site insectes.org, jai l'intime conviction que les connaissances, qu'elles soient le fait d'amateurs ou de scientifiques de renom, doivent être mises à la disposition de chacun, pour former une bourse du savoir gratuite et sans prétention. Je compte sur l'indulgence bienveillante du lecteur à l'égard des fautes dont cet article est, comme les bonnes viandes, persillé. Merci de ne pas hésiter à me les signaler dans vos commentaires.

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