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Balade dans PAU

Balade dans PAU

15 juillet caniculaire, recherche balade « fraicheur » autour du stade des eaux vives de PAU où nous nous sommes intéressés (presque) uniquement aux invasives …

Mais qu’est-ce qu’une EEE ? Les scientifiques définissent une Espèce Exotique Envahissante comme une espèce dont l’introduction par l’Homme (volontaire ou fortuite), l’implantation et la propagation menacent les écosystèmes, les habitats et les espèces d’origine, avec des conséquences écologiques, économiques et sanitaires négatives. C’est une cause importante de perte de biodiversité́.

N.B. : on distingue généralement 2 catégories parmi les EEE :
– à impact majeur, avec les critères ci-dessus et qu’on qualifie souvent d’invasives ; c’est le cas de l’ensemble de la publication, sauf la renoncule puisqu’elle est indigène.
– à impact modéré, qui peuvent coloniser massivement des espaces sous forte influence humaine (milieu urbain, champs cultivés …), sans provoquer les graves conséquences de la catégorie précédente.

De plus, il faut distinguer une plante « envahissante » d’une plante « invasive », ces deux termes désignant deux réalités distinctes :

Les plantes invasives sont quant à elles des espèces exotiques introduites qui prolifèrent au détriment de la biodiversité locale, et qui perturbent l’équilibre des écosystèmes.

Les plantes envahissantes colonisent rapidement un espace, mais sans pour autant causer de dommages écologiques majeurs. Elles peuvent être locales ou exotiques.



Dans l’ordre alphabétique, nous avons rencontré :

1-Ailantus altissima :

Wiki : L’Ailante glanduleux est une Simaroubaceae. Cet arbre dioïque possède de très grandes feuilles composées, une écorce lisse et grise et a pour fruits des samares. Originaire de Chine et d’Australie, il a été introduit en France métropolitaine pour des aménagements paysagers ainsi que pour l’élevage du ver à soie. Capable d’atteindre une hauteur de 15 mètres en 25 ans, il vit rarement plus de 50 ans, mais peut cependant poursuivre son existence bien au-delà grâce à son pouvoir drageonnant particulièrement efficace.
Espece exotique envahissante, elle forme des peuplements monospécifiques denses et entre en compétition avec les autres espèces indigènes. Elle entraîne une baisse locale de la biodiversité. L’arbre émet également au niveau de ses racines des substances allélopathiques qui limitent, voire empêchent la croissance et la germination des autres espèces.
Dans la majeure partie des climats tempérés à subtropicaux, il est considéré comme l’une des plantes les plus envahissantes au XXIe siècle.

2-Buddleja davidii :

Originaire de Chine, il a été introduit comme plante ornementale dans de nombreuses régions tempérées. Il a alors une tendance à s’échapper des jardins et à se naturaliser. En France, il est interdit d’introduction, culture et transport depuis 2014.
Le Buddleia de David est appelé plus communément Arbre aux papillons, mais, si son nectar nourrit les papillons adultes, les chenilles de la plupart des papillons ne peuvent pas se nourrir des feuilles du buddleia et il a tendance à remplacer des espèces dont se nourrissent les chenilles. L’envahissement par le buddleia a donc pour conséquences la diminution de la population des papillons et des espèces qui se nourrissent de leurs chenilles.

3-Cyperus eragrostis :

Originaire d’Amérique du Nord, le Souchet robuste joue un rôle écologique dans la stabilisation des berges et la prévention de l’érosion des sols, particulièrement dans les zones humides et les écosystèmes aquatiques. Ses rhizomes entrelacés consolidant les substrats, cependant, elle fait partie des espèces exotiques envahissantes car, entrant en concurrence avec les indigènes, il modifie la structure de la végétation des communautés végétales riveraines. La diversité des espèces indigènes est réduite, et leur croissance est entravée. Le souchet robuste se multiplie de manière sexuée (graines) et de manière asexuée. Les plantes, même petites, produisent une grande quantité de graines viables dispersées par les cours d’eau. La multiplication végétative s’effectue par rhizomes, et parfois dans le collet où apparaissent des bourgeons qui perpétuent la plante.

4-Diospyros lotus :

Le Plaqueminier du lotus est un arbre fruitier ornemental rustique apprécié pour son feuillage élégant et sa fructification décorative en automne. Il est couramment utilisé comme porte-greffe pour la multiplication des variétés de kaki.
D’introduction récente dans les jardins, l’arbre (qui peut mesurer 15 à 30 mètres), originaire d’ Asie tempérée, est en progression très rapide. Les oiseaux avalent les fruits (en forme de grosse cerise) et vont disséminer les graines + loin. 

5-Galega officinalis :

Galega officinalis

FloreAlpes : Cette grande fabacée pourrait passer pour une vesce (Vicia craca par exemple, voir IAO) mais s’en distingue par des feuilles possédant une foliole terminale (et non une vrille). Elle peut atteindre 2 mètres de hauteur et se rencontre principalement dans les fossés et autres lieux humides (ici au bord du Pau -photo 1-, en aval du parc Aquasport des eaux vives).

Le galega est une plante médicinale d’exception qui a traversé les siècles en raison de ses propriétés remarquables.
Il est originaire du Moyen-Orient, mais il pousse aujourd’hui partout en Europe et en Asie. 

Il était autrefois utilisé afin d’augmenter la production de lait des animaux domestiques, ce qui est à l’origine de son nom scientifique : gale, « lait » et ega « entraîner, provoquer », c’est-à-dire « donneur de lait ». Au Moyen Âge, notamment en Italie et en Espagne, cette plante était largement utilisée par les sages-femmes et les herboristes pour stimuler la production de lait chez les nourrices. Depuis le Moyen Âge, le galéga officinal est utilisé pour traiter le diabète car la guanidine qu’il contient fait baisser les niveaux de sucre dans le sang. L’espèce a également été utilisée pour la pêche : les tiges écrasées sont jetées à l’eau et les poissons rendus inconscients par le poison sont ramassés à la surface.
L’effet galactogène du galéga aujourd’hui et son effet hypoglycémiant sur la gestion du diabète type 2.

Contrairement à ce que pourrait suggérer son appellation « rue des chèvres », il s’avère hautement toxique pour le bétail, en particulier pour les ruminants (bovins, moutons, chèvres, chevaux). Ses racines le sont à tout moment de l’année, quand ses parties aériennes ne le deviennent qu’à la floraison. Sa consommation à ces stades de développement, même si les fleurs ou les gousses ne sont pas ingérées, est foudroyante, en particulier pour les petits ruminants : 2 élevages ovins en vallée d’Ossau ont ainsi été touchés à l’automne dernier, avec perte de plus d’une trentaine de brebis pour le plus impacté.
N.B. : l’humain tolère mieux ses alcaloïdes toxiques que les animaux domestiques.

Au CNITV (centre national d’informations toxicologiques vétérinaires, basé à LYON), le galéga est la 4ème cause d’appel de toxicologie végétale pour les ovins. Des cas d’intoxication sur chevaux et vaches sont aussi régulièrement rapportés.
L’empoisonnement survient généralement au pâturage en période de sécheresse car le galéga reste vert alors que les graminées ont passé depuis longtemps et rares sont les plantes qui osent se relever et reprendre un nouveau cycle. (Voir NDT).
En effet, ses racines profondes permettent à la plante d’accéder à des éléments nutritifs et de l’eau dans le sol de manière efficace.
Source : Chambre d’Agriculture des Pyrénées-Atlantiques octobre 2017.

6-Impatiens glandulifera :

La Balsamine de l’Himalaya, ou Impatiente glanduleuse est une Balsaminaceae herbacée originaire d’Asie introduite pour des raisons ornementales. Elle fait partie de la Listes d’espèces exotiques envahissantes interdites en France et même dans toute l’Europe. Peut dépasser 2m de haut, ce qui fait d’elle la plus grande annuelle d’Europe.
Ici, elle croît en colonies denses sur les sols humides en milieu riparien, légèrement ombragé.
Depuis 2017, elle est inscrite dans la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne. Cela signifie qu’elle ne peut pas être importée, cultivée, commercialisée, plantée, ou libérée intentionnellement dans la nature, et ce nulle part dans l’Union européenne. Son potentiel envahissant serait dû à son importante production de graines*, sa grande taille et sa plasticité phénotypique. On soupçonne aussi qu’elle inhibe la croissance des autres plantes par allélopathie.
*Chaque individu peut produire jusqu’à 2 500 graines, qui sont dispersées par l’explosion de leur capsule et par hydrochorie

7-Paspalum dilatatum :

Il a été d’abord semé dans les jardins des pavillons. Elle est très résistante à la sécheresse (photo 1, on voit qu’elle est bien verte alors que le reste de la pelouse est désséché par la canicule). En progression rapide en dehors des zones où elle a été introduite. Originaire d’ Amérique du sud tropicale et subtropicale. Elle est devenue envahissante dans les pelouses et certaines cultures. De plus, elle peut se révéler toxique pour le bétail lorsque la plante est infectée par une espèce de champignon pathogène. Se reproduit principalement par ses nombreuses graines.
invmed : Le Paspale dilaté a été sélectionné et cultivé comme plante fourragère en Amérique du Nord et en Australie (Fried, 2012).Rare dans les cultures en France, le Paspale dilaté cause des pertes économiques importantes ailleurs dans le monde (rizières en Asie). Son impact dans les prairies humides patrimoniales (bordures de mares temporaires méditerranéennes) est à surveiller (Fried, 2012).

8-Le genre Phyllostachys fait partie des Poaceae et regroupe plusieurs espèces de bambous à rhizomes souterrains qui s’étendent sur plusieurs mètres et produisent chaque année de nouveaux turions.
C’est leurs rhizomes traçants qui les rendent rapidement envahissants.

9-Prunus laurocerasus :

Originaire d’Asie de l’Est, notamment de Chine, où il pousse à l’état sauvage. Il est beaucoup planté dans les jardins et pour faire des haies et pour sa floraison spectaculaire en mars-avril. Ses fruits charnus attirent également les oiseaux migrateurs qui contribuent à la dissémination des graines.
Chaville environnement : Ce végétal très vivace utilise deux modes de reproduction :
– Il fait des fleurs qui se transforment en fruits ; les fruits sont consommés par certains oiseaux qui disséminent les graines grâce à leurs fientes.
Il se multiplie aussi et surtout par développement des racines qui drageonnent, par marcottage et par germination des souches.
Son utilisation intensive dans les parcs et jardins occidentaux réduit la diversité génétique des populations naturelles locales.


10-Reynoutria japonica ou Fallopia japonica, Renouée du Japon, probablement la pire de toutes au bord du gave de PAU.

Voir sur ce blog plante n°5.
Vivace, avec des rhizomes démesurés capables de s’enfoncer à 2m de profondeur et de s’étendre jusqu’à 7m autour d’un seul pied. Cette grande herbacée a des tiges creuses érigées, rougeâtres, semblables à des cannes de bambou, de 1 à 4 m de haut. Sa croissance peut être de 1 à 8 cm par jour, elle peut donc atteindre sa hauteur maximale de 4 m en 2 mois au printemps. Les tiges sont issues d’un rhizome qui peut atteindre 30 cm de diamètre. Les feuilles ovales ou triangulaires, sont alternes et forment des zigzags caractéristiques. Ses racines libèrent une toxine dans le sol, pénalisant toute vie végétale alentour. Si l’on tente de s’en débarrasser, il faut savoir que le moindre centimètre de rhizome oublié en terre donnera naissance à un nouveau plant capable de produire une biomasse importante en un temps record. Les grandes renouées sont d’excellentes comestibles.
La renouée du Japon est morphologiquement très proche de la renouée de Sakhaline. Leur hybride, la renouée de Bohème, présente des caractéristiques intermédiaires.
La Renouée du Japon apprécie les berges des cours d’eau, ici vue en abondance autour du Gave de PAU.
Comme d’autres plantes invasives, la renouée fait reculer les populations d’amphibiensreptiles et oiseaux ainsi que de nombreux mammifères des habitats ripicoles car ces derniers dépendent directement ou indirectement des espèces herbacées autochtones et/ou des invertébrés associés pour leur survie.
Les chèvres peuvent être utilisées pour éradiquer des plantes exotiques envahissantes.

11-Parthenocissus inserta, la seule parmi les 3 vignes vierges introduites à s’être naturalisée.

La Vigne-vierge commune a été introduite en France au XXème siècle comme plante d’ornement des murs et des façades. Elle s’est échappée aux abords des habitations et est parfois naturalisée dans le milieu naturel, notamment dans les grandes vallées alluviales (Fried, 2012). Elle peut former des peuplements denses dans les ripisylves. Son feuillage abondant peut recouvrir les buissons ou les arbres qu’elle prend comme support. Elle peut également couvrir des surfaces importantes au sol, réduisant la diversité floristique et gênant le rajeunissement du sous-bois (Fried, 2012).

12-Ranunculus pseudofluitans (= penicillatus ssp pseudofluitans) :

Considérée comme d’origine hybridogène R. fluitans x peltatus, se distingue du vrai fluitans par son réceptacle floral velu, alors que Lamarck a décrit fluitans avec un réceptacle glabre mais non considérée comme invasive pour l’instant (en principe ce terme ne s’applique qu’aux introduites), on lit souvent qu’elle est en expansion rapide et qu’elle supplante R. fluitans, signe d’une dramatique eutrophisation des eaux. C’est une plante vivace dont les tiges peuvent atteindre 3 m de long. Elle pousse en touffes et s’étend en aval dans le courant qui constitue son habitat habituel. La couverture maximale est atteinte tôt dans la saison, avec une croissance luxuriante des fines feuilles en forme de pompons lorsque les conditions sont favorables. Les touffes peuvent être si nombreuses que des cours d’eau entiers, même importants, se retrouvent envahis par cette végétation. 

13-Senecio inaequidens :

La plante est originaire d’Afrique du Sud. Elle a été introduite de façon accidentelle en Europe à la fin du 19ème siècle avec des cargaisons de laine. Elle est longtemps restée cantonnée à proximité des zones où son implantation a commencé : zones portuaires, zones de transbordement de la laine et usines textiles. Puis elle s’est répandue plus rapidement au 20ème siècle, essentiellement dans le Sud et l’Ouest de l’Europe, en utilisant essentiellement les voies de communication et en particulier les voies ferrées.
Observée pour la première fois en France en 1935, elle a depuis envahi le Nord et la région méditerranéenne, mais elle est présente sur quasiment tout le territoire français.
Le Séneçon du Cap est une plante qui s’adapte à de larges conditions écologiques, ce qui la rend potentiellement dangereuse pour de nombreux milieux. C’est une espèce pionnière et opportuniste. On la retrouve essentiellement dans les milieux ouverts perturbés, comme les zones rudéralisées (bords de voies ferrées, talus de route), les cultures (vignobles), les friches, les jachères et les prairies pâturées. Les herbivores ne semblent pas consommer cette plante, qui se développe ainsi d’autant plus rapidement.

J’ajoute à la liste de ces invasives les Vergerettes ou Érigérons.

N.B. : La vergerette de Sumatra (14) omniprésente ici (trottoirs, parkings, plates bandes ….). Elle est arrivée plus récemment en Europe que la vergerette du Canada (15) mais son extension est plus rapide. De ce fait, elle tend à la supplanter en milieu urbain.

E. floribundus (16) originaire d’Amérique du Sud et du Mexique et dernière arrivée, devient ici aussi très abondant; pour l’instant cantonnée surtout dans le 1/3 ouest de la France, elle est dite en expansion rapide et sur la liste « impact majeur » pour l’Aquitaine.

Auteur/autrice

  • Biologiste amateur et photographe amateur, amoureux de la nature, je partage ici mes observations faites au cours de mes promenades.
    Ce blog est dédié à tous les naturalistes qui oeuvrent au quotidien pour l'étude et la préservation de la nature qui nous entoure.
    Comme le site insectes.org, jai l'intime conviction que les connaissances, qu'elles soient le fait d'amateurs ou de scientifiques de renom, doivent être mises à la disposition de chacun, pour former une bourse du savoir gratuite et sans prétention. Je compte sur l'indulgence bienveillante du lecteur à l'égard des fautes dont cet article est, comme les bonnes viandes, persillé. Merci de ne pas hésiter à me les signaler dans vos commentaires.

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