
Sentier botanique du musée géologique de Fossilea. Partie 3/4

Le glaïeul des moissons (Gladiolus italicus Mill., syn. Gladiolus segetum Ker Gawl.) ou glaïeul d’Italie est une Iridaceae.
Comparaison FloreAlpes avec Gladiolus dubius Guss., 1832.
C’est un des quelques glaïeuls sauvages que l’on rencontre en France (au même titre que le glaïeul des marais), essentiellement dans l’ouest et le Midi. Statut UICN ; Au bord de l’extinction (CR)

Le Grillon champêtre (Gryllus campestris) est une espèce d’insectes dont le corps est trapu, il est presque totalement noir.
Les femelles (photo) se distinguent des mâles par leur oviscapte bien visible.
Un musicien hors pair : Seuls les mâles chantent (on dit qu’ils stridulent) en frottant leurs élytres l’un contre l’autre pour séduire les femelles ou défendre leur territoire.
Thermomètre naturel : Le rythme de ses stridulations dépend directement de la température ambiante ; plus il fait chaud, plus il chante vite.
Ingénieur du sol : Il creuse des terriers profonds pouvant atteindre 30 cm, dotés d’une petite « terrasse » nettoyée à l’entrée pour y chanter au soleil.
Des oreilles sur les genoux : Ses organes auditifs, appelés tympans, ne sont pas sur sa tête mais situés sur ses tibias antérieurs.
Un tempérament de feu : Très territorial, les combats entre mâles pour occuper le meilleur terrier peuvent être d’une rare violence.
Vif mais discret : Malgré ses ailes, il ne vole pas, mais ses puissantes pattes arrière lui permettent de sauter prestement pour fuir le danger au moindre bruit

Le pastel des teinturiers ou guède, est une plante bisannuelle qui a marqué l’histoire de l’Europe. Bien avant l’arrivée de l’indigo asiatique, elle était la seule source de teinture bleue disponible sur le continent.
Au Moyen Âge et à la Renaissance, sa culture a fait la fortune de régions entières, notamment le « Triangle d’or » en Occitanie (Toulouse, Albi, Carcassonne). Les feuilles de la plante étaient broyées, fermentées et façonnées en coques séchées, appelées « cocagnes », qui ont donné l’expression pays de Cocagne.
La guède était broyée puis séchée en boules (ou coques, ou cocagnes) sur le toit des granges. Mais la convoitise pour cette richesse a popularisé l’usage de mât au sommet desquels on suspendait les cocagnes. Le bas du mât était enduit de graisse pour dissuader les voleurs. Un jeu traditionnel en a découlé, qui consistait à tenter de décrocher des friandises suspendues au sommet du mât.
L’extraction du bleu de pastel ou bleu Charette est une véritable alchimie : le bain de teinture est initialement jaune-vert, et c’est l’oxydation à l’air libre qui révèle la couleur bleue sur le tissu. Au-delà de ses pigments, le pastel possède des vertus médicinales cicatrisantes et dermatologiques ancestrales.
Aujourd’hui, cette plante connaît un formidable renouveau grâce à l’engouement pour les colorants naturels et l’utilisation cosmétique de son huile de graine, riche en oméga-3, 6 et 9.

La Gesse des prés (Fabacée vivace) escalade la végétation des prairies grâce à des vrilles très agiles situées au bout de ses feuilles. FloreAlpes : Elle se reconnaît facilement à ses grandes fleurs jaunes et sa tige non ailée mais anguleuse. Ses stipules sont grandes, en forme de demi fer de lance (photos 1 et 3).
Ses fleurs affichent un jaune vif et possèdent une structure complexe dite « en papillon », typique de sa famille.
Elle fleurit tout l’été, de juin à août, illuminant les fossés et les bords de chemins de grappes colorées.
C’est une alliée précieuse pour les sols : ses racines abritent des bactéries capables de fixer l’azote de l’air.
En enrichissant naturellement la terre qui l’entoure, elle agit comme un véritable engrais biologique.
Elle est une plante hôte essentielle pour la ponte d’un joli papillon blanc, la Piéride de la moutarde.
Ses pollinisateurs favoris sont les bourdons, seuls assez lourds pour actionner le mécanisme de sa fleur.
Bien qu’elle ait servi de fourrage pour le bétail par le passé, ses graines contiennent des toxines à haute dose.
Une consommation excessive de ces graines peut provoquer le lathyrisme, une maladie neurologique grave.
Après la floraison, elle produit de longues gousses noires qui éclatent pour disperser activement ses graines.

Ces deux plantes appartiennent au genre Lonicera (les chèvrefeuilles).
Lonicera etrusca (Caprifoliacée), le Chèvrefeuille d’Étrurie ou Chèvrefeuille de Toscane est un grimpeur vigoureux typique des haies et garrigues méditerranéennes.
Ses feuilles supérieures sont soudées entre elles à leur base, formant une coupelle autour de la tige.
Ses fleurs très parfumées passent du blanc rosé au jaune vif après avoir été pollinisées.
Elles attirent en masse les papillons de nuit grâce à leur long tube floral rempli de nectar.
En automne, il produit de petites baies rouges et serrées, appréciées par les oiseaux migrateurs.

Lonicera xylosteum, le Camerisier à balais, en revanche, est un arbuste dressé qui ne grimpe pas du tout.
On le trouve surtout dans les sous-bois frais et les forêts de feuillus d’Europe centrale.
Ses fleurs, blanc crème à jaunâtres, poussent toujours par paires bien distinctes à l’aisselle des feuilles.
Son bois est si dur, dense et résistant qu’on l’utilisait autrefois pour fabriquer des pipes et des cannes.
Ses baies d’un rouge brillant, soudées deux par deux à leur base, sont hautement toxiques pour l’humain.
Elles contiennent de la xylostéine, une substance provoquant de graves troubles digestifs en cas d’ingestion.
La photo de droite montre une feuille de Lonicera xylosteum attaquée par la mineuse du camerisier.
Les mineuses sont des larves de mouche (asticot) ou de petit papillon (chenille).
La ponte : l’adulte (mouche ou petit papillon) dépose ses œufs directement sur la feuille ou sous l’épiderme. Chaque femelle peut en pondre plusieurs dizaines, parfois des centaines.
La larve : une fois éclos, la larve pénètre dans la feuille et commence à se nourrir du tissu interne en avançant. C’est elle qui crée les fameuses galeries sinueuses qu’on appelle des « mines ». Ces dégâts servent en fait de « signature » pour reconnaître l’espèce.
La larve grossit en se nourrissant. En observant la feuille, on peut ainsi déterminer son trajet, du point de départ à sa sortie.
La nymphose : quand la larve a terminé sa croissance, elle sort de la feuille ou reste parfois à l’intérieur, puis se transforme en pupe (chrysalide). Selon l’espèce, cette nymphose peut avoir lieu dans la feuille, dans le sol, ou encore sous l’écorce d’une tige.
L’adulte : de la pupe émerge un nouvel adulte (mouche ou papillon) qui va s’accoupler et recommencer le cycle.

Malgré son nom annua, la Lunaire annuelle ou Monnaie-du-pape est une plante bisannuelle : elle produit des feuilles la première année et fleurit la seconde.
Au printemps, elle offre de jolies grappes de fleurs d’un violet vif, parfois blanches, qui attirent les premiers pollinisateurs.
Elle appartient à la famille des Brassicacées, la même famille botanique que les choux, les navets ou la moutarde.
Sa véritable célébrité vient de ses fruits, des capsules plates et rondes appelées botaniquement des « siliques ».
À maturité, les parois externes du fruit tombent pour laisser tomber les graines, révélant une membrane centrale.
Cette cloison interne est translucide, satinée et brille d’un éclat argenté qui rappelle la nacre ou la pleine lune.
C’est cette ressemblance avec des pièces de monnaie qui lui vaut ses surnoms de Médaille de Judas ou d’Herbe aux écus.
Ses tiges séchées, ornées de ces disques d’argent persistants, sont l’un des grands classiques des bouquets secs d’hiver.
Originaire d’Europe du Sud et de l’Est, elle s’est naturalisée très facilement dans la moitié nord de la France.
Très robuste, elle se ressème généreusement toute seule d’une année sur l’autre dans les zones de mi-ombre.
Elle apprécie particulièrement les sols frais, riches en matières organiques, les lisières de bois et les vieux murets.
Ses fleurs ainsi que ses jeunes racines charnues sont comestibles et peuvent être intégrées crues dans des salades.

La nigelle de Damas est surnommée poétiquement « Cheveux de Vénus » ou « Amour en cage *».
Originaire du bassin méditerranéen, elle se distingue par ses fleurs d’un bleu azur délicat, enveloppées dans un feuillage finement découpé qui ressemble à de la dentelle.
Une fois la floraison passée, elle développe des capsules de graines gonflées comme de petits ballons, très prisées dans les bouquets de fleurs séchées. Contrairement à sa cousine la nigelle cultivée (Nigella sativa), ses graines noires ne sont pas utilisées en cuisine car elles contiennent des alcaloïdes toxiques, mais elles dégagent un surprenant parfum de fraise ou de pomme quand on les froisse.
*Physalis alkekengi est également appelée Amour en cage (ou lanterne).
Sur la photo de droite, posé sur une tige de Nigelle, Cantharis rustica (les fémurs présentent des zones rouges), le Téléphore moine a capturé une abeille. Il se distingue du Téléphore sombre (Cantharis fusca) dont les pattes sont entièrement noires.

L’Anémone pulsatile est une renonculacée à 2 visages qui marque profondément les paysages alpins :
Au printemps (mai à juillet) : Elle déploie de grandes fleurs solitaires (jusqu’à 7 cm de diamètre), souvent blanches avec un cœur jaune vif (ou entièrement jaunes selon la sous-espèce).
En fin d’été : La fleur laisse place à une tête de fruits plumeux et échevelés. On appelle souvent ces touffes d’arêtes soyeuses des « chevelures de vieilles femmes » ou des « perruques ».
Une vraie boussole géologique : La couleur de sa fleur indique sur quel type de roche elle pousse :
-Fleurs blanches (subsp. alpina) : La plante est calcicole. Elle pousse exclusivement sur les sols calcaires et basiques.
-Fleurs jaunes (subsp. apiifolia) : La plante est acidophile. Elle ne pousse que sur les sols granitiques ou siliceux (acides).
Une armure contre le gel :
Si vous regardez sa tige et ses feuilles de près, vous verrez qu’elles sont recouvertes d’un duvet de poils fins et soyeux. Ce pelage n’est pas là pour faire joli : il emprisonne une fine couche d’air chaud qui protège la plante des gelées nocturnes tardives et du vent glacial des sommets (entre 1000 et 2700 mètres d’altitude).
On rencontre également : Quercus ilex, Rhamnus cathartica, Euonymus europaeus envahi par des chenilles : Voir.


Le Fragon petit-houx, derrière son allure de buisson piquant se trouve un proche cousin de… l’asperge !
Les jeunes pousses (photo de gauche) sont comestibles, crues ou cuites, comme des asperges sauvages, en revanche les magnifiques baies rouge vif dont il se pare en hiver sont très esthétiques mais toxiques.
Ses « feuilles » n’en sont pas : ce sont des tiges modifiées, aplaties et pointues appelées cladodes.
C’est sur ces fausses feuilles que poussent directement ses petites fleurs, puis ses fruits.
En hiver, il se pare de magnifiques baies rouge vif, très esthétiques mais toxiques.
Historiquement, les bouchers liaient ses branches rigides pour nettoyer leurs étals en bois.
Cette coutume lui a valu le surnom anglophone très imagé de Butcher’s Broom (balai du boucher).
En phytothérapie, son rhizome (sa tige souterraine) est une véritable mine d’or médicinale.
Il contient de la ruscogénine, un principe actif aux vertues vasoconstrictrices.
C’est l’un des meilleurs toniques veineux naturels contre les jambes lourdes.
Dans certaines régions, ses jeunes pousses printanières se consomment cuites comme des asperges sauvages. (Photo1)
Très robuste, cet arbuste supporte l’ombre totale des forêts et les hivers rigoureux.
Il joue un rôle écologique en offrant un abri hivernal sûr pour les petits oiseaux.
Aujourd’hui, il est protégé dans de nombreuses régions de France où sa cueillette est réglementée.
On rencontre également : Silene coronaria la Coquelourde (photo de gauche), Thamus communis (photo de droite), Valeriana officinalis (en dessous), Vincetoxicum hirundinaria (la dernière plante de ce compte rendu) et bien d’autres !

Le Tamier commun ou « herbe aux femmes battues », est une plante grimpante vivace de la famille des Dioscoréacées, très courante dans les forêts et les haies d’Europe.
Ses tiges volubiles s’enroulent autour des arbres (photo de droite) et portent de magnifiques feuilles luisantes en forme de cœur. Au printemps, il produit de petites fleurs verdâtres discrètes, qui laissent place à l’automne à des grappes de baies d’un rouge vif très attrayantes.
Cependant, toute la plante est hautement toxique par ingestion, en particulier ses baies et son gros rhizome (sa racine), qui contiennent des saponines, des substances irritantes et des cristaux d’oxalate de calcium.
En médecine populaire, sa racine râpée était traditionnellement utilisée en usage externe (cataplasme) pour soigner les ecchymoses, les bleus et les douleurs rhumatismales, d’où son surnom populaire.
Aujourd’hui, cette utilisation est fortement déconseillée car le contact direct avec la peau peut provoquer de graves irritations, des cloques et des brûlures cutanées. Seules ses très jeunes pousses printanières (les « respounchous ») sont parfois consommées cuites dans le sud de la France par des cueilleurs avertis.

La valériane officinale, Caprifoliacée (anciennement Valérianacée) est une vivace dont les racines sont utilisées depuis l’Antiquité pour réduire l’anxiété, calmer la nervosité et faciliter l’endormissement sans créer d’accoutumance.
Cependant, l’effet le plus spectaculaire concerne nos compagnons félins. Contrairement à son action calmante sur nous, l’odeur de la valériane rend la majorité des chats complètement fous et euphoriques. Cette réaction est due à l’actinidine, une molécule présente dans la racine de la plante qui imite parfaitement certaines phéromones sexuelles des félins. Lorsqu’un chat renifle de la valériane séchée ou un jouet qui en contient, il se frotte frénétiquement, ronronne, salive et entre dans une transe joyeuse qui dure environ 15 minutes. Après cette décharge d’énergie, l’effet retombe et l’animal bascule dans une phase de relaxation totale et de bien-être profond.
Maflore : Cette grande plante est commune dans les prés et les bois humides. La tige sillonnée porte des feuilles divisées en folioles allongées et plus ou moins dentées. Les fleurs roses ou blanches sont disposées en plusieurs corymbes denses. Le tube de la corolle est bossu à la base. Cette espèce très polymorphe est divisée en plusieurs sous-espèces dont le nombre et les noms varient d’une flore à l’autre.

Son nom vient du latin valere (signifiant « être en bonne santé »), son odeur de racine séchée rappelle plutôt celle de vieilles chaussettes sales, ce qui ne décourage pourtant pas les animaux.
Au Moyen Âge, elle était considérée comme une plante magique, un véritable philtre d’amour capable d’apaiser toutes les discordes et d’attirer la chance. Une légende raconte même que le célèbre joueur de flûte de Hamelin aurait caché des racines de valériane dans ses poches pour hypnotiser et attirer les rats hors de la ville.
Plus tard, durant les deux Guerres mondiales, elle a été massivement prescrite aux civils et aux soldats pour calmer les traumatismes et les tremblements nerveux dus aux bombardements.
Aujourd’hui, la science confirme ses propriétés chimiques : elle booste l’acide gamma-aminobutyrique (GABA), un messager chimique cérébral qui freine l’activité nerveuse et induit le calme.

Le nom de Dompte-venin officinal (Asclépiadacée / Apocynacée), signifie littéralement « vainqueur du poison » car on pensait à tort que sa racine protégeait des morsures de serpents et des toxines.
En réalité, la plante est elle-même hautement toxique pour les humains et le bétail.
Elle contient de la vincetoxine, un composé qui attaque directement le système nerveux.
Elle dégage une odeur singulière qui attire des insectes très spécifiques pour sa pollinisation.
C’est aussi la plante hôte exclusive de la chenille d’un magnifique papillon de nuit.
Ce papillon, c’est l’Écaille du dompte-venin (Abrostola asclepiadis), insensible à ses poisons.
Ses graines, munies d’une aigrette soyeuse, s’envolent au vent comme celles du pissenlit.
Le terme hirundinaria fait d’ailleurs référence à l’aronde (l’hirondelle), évoquant ce vol.
On la croise souvent en lisière de forêt, sur les sols calcaires et très ensoleillés.
Une vraie survivante, capable de prospérer là où la terre est sèche et rocailleuse.
NDT : Les fleurs du dompte-venin ont une architecture très originale. Chacune des 5 étamines développe un petit bourrelet triangulaire. Les 5 bourrelets ferment de façon plus ou moins serrée l’ouverture du tube au fond duquel brille le nectar. L’insecte qui salive d’avance de collecter l’alléchant nectar doit s’immiscer entre les bourrelets et le tube central. Ce faisant, il va coller sur son corps les pollinies (groupement de grains de pollen) et repartir avec quand il s’extirpera de la fleur.

C’est la même stratégie que les orchidées ! L’insecte s’envolera avec les pollinies et se posera sur une autre fleur de dompte-venin. Il la pollinisera en réalisant le même type de contorsion pour s’engouffrer dans le tube. Et au passage, les pollinies lécheront les stigmates pour y coller le pollen.
Une fleur à architecture si originale ne pouvait donner qu’un fruit très original ! Le Dompte-venin est créatif : il a décidé de fabriquer un fruit prenant la forme d’un poivron vert… :

Voilà, c’est terminé pour la partie botanique! La partie Géologie clôturera ce compte rendu …
Je vous laisse poster des commentaires et me signaler si j’ai commis quelques erreurs ….
